Un album beaucoup plus intimistes dans le texte car il ne s'adresse plus comme dans les précédents à la « Planète France », mais à une seule personne : « tu ». Les textes sont très poétiques, pleins d'images, métaphoriques et enivrantes. Les thèmes de chaque chanson ne sont pas criés ou mis au premier plan. Ils sont plutôt cachés, emmêlés dans les méandres de l'esprit de l'auteur et des images utilisées. Cet album est musicalement et contrairement à God Bless, très discipliné. Beaucoup de guitares électriques (presque pas de guitares acoustiques ou de pianos hormis un titre : marta).
1. Debbie
Rock mag : On pense beaucoup à Noir Désir en écoutant ce titre, dans le genre énergie du désespoir.
Damien Saez :C'est drôle, je crois que c'est un conditionnement culturel qui fait que quand tu entends le mot « écorchés » dans une chanson, tu pense à Noir Désir. Mais bon c'est normal, on est tous fait d'influences, quand tu écoutes des artistes, ou même que tu lis des auteurs, ça passe dans le conscient, le subconscient, puis tu digères, c'est ce qui fait ce que tu es, ces nourritures. Après tu recrache forcément un peu de tout ça dans ce que tu fais. Tu vois Brel, par exemple, je n'ai aucun rapport avec lui, si tu regarde bien, mais c'est mon maître et je pense à lui quand j'écris certaines chanson : pourtant mon écriture est plus moderne.
2. En travers les néons
RM : Pour cette chanson, de quel(s) rêve(s) parles-tu ?
DS : Quand je dis : « tu trace ton dessein », je pense aussi au trait de dessin. Alors ça parle de rêves que je fais dans le sens projets : l'envie de dessiner comme l'envie d'écrire, de composer, de chanter, de faire des voyages. Et puis quand on a des projets, parfois, on ne voit pas le vide qu'on a devant soi. Quand je dis : « Perdue dans les soirées », c'est que de mon point de vue, la fille dont je parle est perdue, mais elle ne le sait même pas, puisque plus loin je dis : « Les vertiges et la peur tu connais pas ». C'est comme si je disais : « Allez, ok tu vas gravir le Mont-Blanc parce que c'est ton projet, ton rêve, et que tu veux le réaliser, mais tu vas voir une fois que tu seras en haut, tu le sentiras ce grand vide qu'il y a derrière un rêve réalisé. ». Cette chanson ne dit rien d'autre que ça : on a pas idée du vide qu'il y a derrière nos projets. On crois que les accomplir est une fin mais ce n'est qu'un début. En fait c'est la fureur de vivre En travers les néons. La fille dans la chanson, elle est consciente du dépassement de soi. Mais vers où, elle ne le sait pas. J'aime à me dire que je suis toujours en devenir. Si je ramène à moi : ce que j'aime c'est faire des chansons. Ca c'est terrible. Ce qu'il y a en revanche, juste après cet instant magique de l'écriture, c'est le grand vertige.
3. Céleste
RM : Alors là, c'est deux contre le reste du monde ? Mais que veut dire cette première phrase au juste : « Du céleste s'éteint ma bouche » ?
DS : Eh bien j'ai voulu que le mot céleste, qui à la base est un mot très pompeux, soit quantifié. Du céleste comme si c'était une matière. Si céleste est le personnage, et que le personnage est une planète, une fois que je suis sur cette planète, je n'ai plus besoin d'écrire : alors ma bouche s'éteint. Je ne dis plus rien. Ca parle de la création. La création vient du chaos. La digestion de tes nourriture intellectuelles ou affectives, dont je parlais tout à l'heure, donne lieu à l'expulsion. Mais l'expulsion de tout le monde, tu vois ce que je veux dire, pas l'accouchement. Ecrire ce n'est pas accoucher, accoucher ça va encore bien au-delà. Non c'est chier après la digestion, on va dire. J'aime bien cette métaphore un peu crade.
4. Marie ou Marilyn
RM : La vierge ou la putain ?Le sexe comme trompe-la-mort ? Le trou dont tu parle, c'est le vagin, le tombeau, ou les deux à la fois ?
DS : Ouais, ouais c'est exactement ça ! Exactement. Au début on m'a dit : « Oh non, tu ne peu pas laisser cette phrase, <> ». Mais plus qu'un trompe-la-mort, le sexe c'est déjà le première étape, on dit bien que l'orgasme c'est la petite mort. Alors oui, c'est à la fois la tombe et le vagin. Représenté par les deux femmes, la vierge et la putain. Marie, comme celle qu'on trouve après la mort, dans le tombeau ; Marylin, comme celle qu'on trouve avant, dans l'autre « trou ». Là je m'attends à ce qu'on me dise que ça ressemble à Noir Désir, tu vois. Pourtant à mon avis, c'est beaucoup plus proche de Ligth My Fire des Doors, c'est brut, pas dans la recherche des harmoni
5. J'hallucine
RM : Tu t'es mi au chamanisme ? Et ce feu dont tu parle, il te consume ou il t'anime ?
DS : Non, non, je ne me suis pas mis au chamanisme, mais j'ai imaginé. En fait ma copine est allée en Amérique du Sud, elle à fait Pérou, Bolivie, Venezuela. Et donc un soir elle c 'est retrouvé à boire l'élixir de cactus et tout, pour rentrer en transe, elle m'a tout raconter ensuite, alors moi en parallèle, j'ai imaginé comment ça se serait passé si je l'avais fait aussi et j'en ai fait cette espèce de blues un peu limite, le blues d'un Indien d'Amérique par exemple. C'est mon péché mignon d 'associer les personnes à des paysages : c'est ce que je fais dans cette chanson. Sinon, le feu, il te consume, évidemment, c'est la folie en toi.
6. Autour de moi les fous
RM :Allez, dis-nous, qui sont ces fous dont tu parles ? Les bien-pensants ? Que recouvre « l';obscur ou la lumière » ?
DS :Les fous, ce sont les bobos. En fait cette chanson parle des discussions de bobos, de leur bien-pensance effectivement. Je crois qu';il faut vraiment choisir un camp sur certains sujets, c'est l'obscur ou la lumière, il ne faut pas rester dans cette tiédeur. La Turquie par exemple, faut choisir l'Orient ou l'Occident, alors que ce pays finalement, c'est ni l'un ni l'autre. Alors est-ce qu'on lui ouvre nos portes d'Europe ou pas ? Là, faut vraiment prendre parti. Le problème c'est qu';on nous anesthésie le cerveau. On est dans l'infantilisation : pourquoi tout le monde regarde ces conneries de mangas alors qu'il y plein de films très bien qui ne sont presque pas diffusés ? Parce qu'il font marcher l'économie. Parce qu'il viennent du Japon ou la mode change tous les 15 jours et tout le monde suit.
7. Dans le bleu de l'absinthe
RM : La « sodomisation » c'est les nouveaux modes de communication ?
DS :Oui, entre autres. Je dis : « Au gré des connexions », moi tout ce qui est câbles, ça m »emmerde. J'aime pas Internet, c'est pas que je crache dessus forcément, j'aime pas Internet comme d'autre n'aime pas la mer parce qu'ils se font chier sur la plage, mais bon voilà, je préfère les vraies relations, avec des odeurs, des couleurs, tout ça. On est dans un monde totalement aseptisé. Cette chanson c'est un appel au retour à l'humain. Parce que c'est l'humain qui nous fait faire de jolies choses. Quand je regrette l'abstrait je pense au tableau de Magritte un peu. Celui où il y a une pipe et en dessous est écrit : « Ceci n'est pas une pipe ». Bah non,ce n'est que la représentation, l'image d'une pipe. Ben moi ce qui m'intéresse, c'est pas l'image, pas la représentation c'est la pipe. Ce qui m'intéresse, c'est pas les images, pas les médias : c'est l'humain.
8. Comme une ombre
RM : cette menace de vengeance, c'est une adresse à Dieu ? A la vie ? A une femme ? Ou bien est-ce que c'est Dieu qui parle finalement ?
DS : C'est exactement ça, une vengeance. Mais plus dans l'idée d'une vengeance de ta conscience sur toi-même. Donc ce n'est pas Dieu qui parle mais ma conscience qui me dit qu'elle se vengera de quelque chose que j'ai fait en me donnant des remords : « Je serais l'accident' je serais le virus je serais le crackeur. » Elle m'empêchera d'être serein, quoi.
9. Marta
10. Clandestins
11. Tu y crois
RM : On semble dans la fuite, dans l'échappée, et cette dernière supposition : « Doit y'avoir autre chose »Oui mais quoi ? Vers quoi est-ce qu'on fuit là ?
DS : On fuit le groupe. Le groupe ne m'intéresse pas, ce qui m'intéresse ce sont les individualités qui composent le groupes. Je me fou, par exemple, qu'on me dise que j'ai vndu 300 000 albums. 300 000 ça veut dire quoi ? Si on les mets bout à bout, on fais le chemin entre Paris et Dijon d'où je viens : après tu imagine que tu as une personne à chaque mètre. Mais ça ne veut rien dire. Ca ne parle qu'à ceux qui s'intéressent à l'argent, ce genre d'image, ce qui n'est pas étonnant finalement, mais ça me fait chier. C'est ce que je dis dans Tu y crois toi ? : ce qui intéresse les gens c'est « la thune et la gloire ».Pas moi. Ce qui m'intéresse c'est quand une personne vient me dire qu'elle perception elle a de telle ou telle chanson. Après, ça parle de la religion aussi. La religion est un alibi ici, en Occident, mais elle est compréhensible ailleurs : quand tu as soif en Afrique parce qu';il n';y a pas de flotte, je comprends que tu invoque les dieux pour te rassurer et te dire qu'il va bien finir par pleuvoir, tu vois. Sinon tu te raccroche à quoi pour continuer de vivre ? Bah ici je sais pas. Je me raccroche un peu aussi, finalement, puisque je dit : « Doit y'avoir autre chose ». Mais quoi précisément, ça, j'en sais rien."